Liens, lieux et sens des apprentissages

17069459315_5b09bd6101_zUne amie me disait voici quelques jours qu’elle avait peiné dans les premières années de ses études supérieures. Qu’elle avait dû aller contre la culture familiale qui ne la poussait pas dans ce sens. Que les matières nouvelles, à la sortie du lycée (le droit, l’économie…) lui avaient donné du fil à retordre et que les heures passées à potasser les cours et les manuels ne se traduisaient pas souvent en notes honorables aux examens. Mais elle s’est accrochée.

Les choses ont commencé à changer quand son « échafaudage cognitif », comme dirait Divina Frau-Meigs, a été assez solide pour lui permettre d’établir des liens entre les disciplines, entre les faits, entre les concepts. Alors, la grande image s’est progressivement dévoilée. Les cours sont devenus plus intéressants et l’effort, plus productif. Ses parents ont commencé à la féliciter (mais c’était avant qu’il aurait fallu le faire, quand c’était difficile). Les deux années suivantes se sont passées sans peine excessive.

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Les MOOC, une mode ou une révolution pédagogique ?

Mon intervention aux rencontres Moustic 2015

Merci aux organisateurs et aux participants de Moustic pour cette belle journée. J’ai l’impression que mon bonheur d’être là transparaît dans la vidéo 🙂

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Formation Scénariser un MOOC à Tunis : les étudiants d’abord

IMG_20150313_155630-MOTIONDu 11 au 13 mars, j’ai eu le plaisir d’animer avec Thomas Laigle  un atelier de trois jours consacré à la scénarisation d’un MOOC. Cet atelier avait été commandé par l’AUF / IFIC, dans le cadre d’un programme complet de formation  des enseignants à la conception et à la distribution de MOOC.

L’atelier Scénariser un MOOC  constitue le premier d’une série de cinq, les suivants étant consacrés à l’animation du MOOC, la réalisation des vidéos et l’utilisation d’edX. 27 personnes y ont participé, tous enseignants universitaires ou conseillers pédagogiques.

L’objectif de ces ateliers est non seulement de permettre aux personnes qui souhaitent créer des MOOC d’acquérir de nouvelles compétences, mais aussi de les transformer en « ambassadeurs », susceptibles de former à leur tour leurs collègues, dans leurs établissements. A l’issue de l’atelier, nous avons donc remis aux participants le scénario pédagogique, les supports de présentation du formateur et les documents à distribuer aux stagiaires.  A charge pour eux d’adapter tout ce matériel à leurs propres contexte et priorités. Thomas et moi ne nous sommes d’ailleurs pas privé de donner l’exemple à ce niveau, en supprimant certaines parties et en en ajoutant de nouvelles. La formation, c’est vivant !

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Les 4 piliers de l’autonomie dans le travail

Capture d’écran 2015-03-01 à 15.53.18En enseignement et formation, « l’approche par compétences » s’oppose à la « transmission des savoirs ». Elle vise un apprentissage plus concret et durable, mettant en oeuvre des savoirs, des savoir-faire et du savoir-être, de manière à augmenter l’autonomie de la personne devant la tâche à réaliser.

Le Québécois Henri Boudreault est souvent cité comme un auteur de référence en matière d’approche par compétences en formation professionnelle. C’est l’un de mes auteurs de chevet si je puis dire, qui m’a inspirée toutes les années pendant lesquelles j’ai exercé en formation pro et m’a considérablement aidée à construire des séquences de formation pertinentes et aussi efficaces que possible.

Les travaux de Boudreault ont donc constitué pour moi (et pour beaucoup d’autres), un ensemble d’outils et de documents essentiels qui sont venues enrichir ma compétence en formation d’adultes, modifier mon sens du travail bien fait, et qui ont enfin complété les apports de mon réseau personnel de collègues, que je n’hésite pas à solliciter pour partager mes expériences, acquérir de nouveaux « trucs et astuces » et à qui j’espère donner  autant que je prends.

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Hébergement des MOOC : diversification en vue

11059505474_cdcaf81bcb_zLes MOOC se banalisent. Suivre un MOOC va rapidement devenir aussi commun que suivre un module d’eLearning autoporté sur étagère (et plus efficace, espérons-le). Produire un MOOC représente beaucoup d’efforts et demande des compétences particulières, mais des organisations toujours plus nombreuses se lancent dans l’aventure. Il y a cette semaine plus de 80 MOOC francophones en cours de distribution, si l’on en croit l’annuaire de référence mooc-francophone.com. Le mois de mars va en voir ouvrir une bonne dizaine de plus. Encore ne parle t-on ici que des MOOC publics, ceux qui s’adressent à tous et ont donc besoin d’une forte exposition sur le web. Les SPOC et COOC réservés aux collaborateurs d’une organisation, ne figurent évidemment pas dans cette liste.

Une belle brochette de plateformes pour les MOOC francophones

Sur quels sites ces cours sont-ils disponibles ? Actuellement, quasi-exclusivement sur des plateformes spécialisées, telles que IonisX (spécialisée dans les mini-MOOC), Openclassroom, FUN, Speach.me,  Neodemia, Edunao, First Business MOOC, Solerni, Sillages, Unow… pour ce qui est des plateformes françaises. Il faut également citer l’incontournable Coursera, la plateforme américaine qui accueille les écoles et universités prestigieuses du monde entier. edX, dans sa version américaine, accueille aussi quelques cours francophones, comme Ressources naturelles et Développement durable, proposé par l’Université catholique de Louvain (Communauté française de Belgique), université qui accueillera d’ailleurs le sommet eMOOCs en mai prochain.

L’offre de plateformes est donc pléthorique. Néanmoins, toutes ne sont pas accessibles à tout le monde. De multiples critères de sélection entrent en ligne de compte et vous orienteront vers une plateforme ou une autre : êtes-vous une école ou université publique ? Privée ? Une entreprise ? Une association ? Quel est votre budget ? Voulez-vous acheter un MOOC « clé en main » ou juste un hébergement ? Voulez-vous personnaliser votre plateforme, voire mettre les mains dans le code ?

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Musées et tourisme de masse

Se rendre dans un  » grand » musée aujourd’hui pour visiter une exposition tient du parcours du combattant. Si vous décidez malgré tout de visiter la dernière expo dont on cause plutôt que de vous rendre dans un musée moins connu et pourtant tout aussi excellent (comme le sont de nombreux musées en régions, je pense notamment au Musée de Grenoble qui m’a laissé un souvenir ébloui…), voici ce qui vous attend.

Je suis ceux que je suis…

moutonVous devrez faire la queue pendant des heures devant l’entrée, et tant pis s’il pleut et s’il fait froid. A Paris, inutile de vous lever tôt pour éviter la foule : la majorité des musées ouvrent à 11 heures. Les touristes de puis l’aube pour rentabiliser leur séjour ont donc tout le temps de s’amasser devant les portes closes.

A l’intérieur, complètement frigorifié ou en nage, selon la saison, n’espérez pas que l’on vous propose un thé, une boissons fraîche ou même un siège; non, c’est l’heure de passer à la caisse. Vous paierez donc une somme conséquente (souvent plus de 10 euros) et circulerez au milieu d’une foule dense dans les salles, sans pouvoir vous arrêter devant les œuvres, ne serait-ce que pour lire les cartels ou examiner un détail, car vous serez pris dans le flux des visiteurs. Parfois, il y a tant de monde devant vous que vous ne savez même pas ce que vous êtes censé admirer, surtout si l’œuvre est de petite taille. Vous avancerez ainsi jusqu’à la sortie, pardon, jusqu’à la boutique, qui renferme bien souvent beaucoup plus d’objets à vendre que l’exposition ne compte d’œuvres. Il est d’ailleurs inexact de parler de « la » boutique, puisque ces dernières sont désormais disséminées tout au long du parcours de visite, aux endroits stratégiques ( on trouve par exemple au Louvre une boutique entre La Joconde et Le radeau de la Méduse), au cas où vous auriez oublié ce que l’on attend de vous.

Vous sortirez, un peu étourdi, avec un gros catalogue dans un sac plastique transparent pour que personne n’ignore d’où vous venez, ou quelques magnets que vous placerez sur le frigo de la cuisine. Avec un peu de chance, si vous avez eu la patience d’attendre que la foule s’éclaircisse et si l’on ne vous a pas tancé vertement en vous voyant sortir votre smartphone, vous aurez pris quelques photos, mal éclairées et souvent floues, comme autant de preuves du fait que oui, vous avez réussi l’épreuve.

Cette expérience n’est pas culturelle; elle relève du tourisme de masse, qui a intégré les principaux espaces culturels de la planète dans ses circuits. Que vous visitiez Angkor, Le Louvre, Le Prado, l’Empire State Building ou Eurodisney, vous vivrez une expérience similaire, dégradant fortement votre relation avec l’objet-même de votre visite.

La diversification des offres, clé de la croissance touristique

Parce que le secteur du tourisme est l’un des plus dynamiques et que sa croissance dépend exclusivement de la capacité de ses acteurs à satisfaire les envies (plus que les besoins) des usagers, il est à observer de près : ses stratégies commerciales ont bien souvent plusieurs coups d’avance sur celles d’autres secteurs. Et si le tourisme de masse a encore de beaux jours devant lui dans la mesure où il est prévu que le nombre de touristes double d’ici à 2030, il y a beau temps que l’industrie touristique à su diversifier ses approches et adopter des stratégies de niches, pour continuer d’intéresser ceux qui sont fatigués ( ou n’ont jamais apprécié) d’être considérés comme des moutons.

Les séjours individuels ou en petits groupes, les formules souples qui vous laissent libre de choisir ce que vous allez visiter, quand, avec qui et pendant combien de temps, ne sont pas réservées aux seuls individus fortunés. Si un circuit de 20 jours en Alaska en hydravion et avec un guide privé coûte probablement l’équivalent du revenu annuel d’un occidental correctement payé, 10 jours en vélo et en chambre d’hôte pour découvrir les richesses inouïes d’une région pas trop loin de chez vous sont beaucoup plus accessibles. Une demi-journée passée avec un historien ou un architecte dans une abbaye ou un équipement industriel désaffecté de votre ville, aussi.

L’industrie touristique a su non seulement diversifier ses offres, mais a également su valoriser des lieux et activités autrefois négligés. Les musées devraient s’inspirer de cette démarche et ne pas miser l’essentiel de leur popularité sur les expositions fortement médiatisées qui génèrent l’essentiel de leurs revenus propres -mais leur coûtent aussi des sommes pharamineuses, d’autant plus que les mécènes réduisent significativement leurs contributions.

Certes, il existe bien quelques timides tentatives de diversification de l’expérience de la visite on situ. Mais pour y accéder, vous devez généralement être inscrit au club des amis de machin chouette ou réserver votre place longtemps à l’avance. Pourquoi pas, me direz-vous; sauf que je planifie rarement ma visite dans un musée. Je profite d’être dans un lieu donné pour en découvrir les richesses. Je suis ainsi passée 3 fois devant le Grand Palais à Paris ces derniers mois, sans me résoudre à faire deux heures de queue et à fiche mon après midi en l’air. Tant pis pour Hokusai et Niki de Saint Phalle. Touriste consciencieuse, j’avais pourtant acheté des billets à l’avance pour visiter une expo au musée du Jeu de Paume. L’heure de mon rendez-vous ayant changé, j’ai dû décaler ma visite d’un jour. J’ai payé deux fois. Alors que sur les centrales de réservation d’hôtel en ligne, j’ai le choix entre une réservation à prix plancher mais non échangeable non remboursable, et une autre 10 % plus chère, que je peux modifier. J’aimerais trouver ce genre d’option pour les tickets d’entrée aux expos.

Le numérique, ou les collections sans le bâtiment – ni la foule

Le tourisme a été l’un des premiers secteurs d’activités à tirer profit du numérique pour diversifier ses offres d’une part, se rapprocher des usagers d’autre part. Les acteurs économiques du tourisme et les voyageurs eux-mêmes exploitent magnifiquement l’espace d’Internet et ses outils de communication. Que l’on souhaite confier ses vacances à un prestataire spécialisé, s’organiser seul ou créer un voyage de groupe, partir 6 mois ou une demi-journée, Internet s’avèrera indispensable, depuis la prise d’information jusqu’à la finalisation de l’achat des différentes briques du séjour.

met-ipadLe tourisme s’appuis sur le numérique pour se développer. Le numérique étend l’expérience des loisirs et du voyage au-delà de ses frontières temporelles, spatiales et sociales. Les établissements patrimoniaux ont tout intérêt à suivre cet exemple, une fois de plus : à donner « plus » à leurs consommateurs, à leur permettre d’accéder à leurs collections sans se déplacer. A aller au-delà de l’expo fortement médiatisée, pour découvrir les trésors cachés dans les salles moins fréquentées ou les réserves.  Dans cette perspective, je ne me lasse pas des formidables parcours proposés par le Metropolitan Museum of Art de New York, qui valorisent les collections et les personnes qui s’en occupent. L’application pour tablette nommée « 82nd and Fifth », disponible gratuitement en 11 langues, est à ce niveau exemplaire : plus d’une centaine de conservateurs et autres professionnels de l’art y présentent leurs objets préférés tirés des collections du MET.

Dans une perspective différente, les MOOC artistiques constituent également une excellente manière de valoriser le patrimoine des établissements culturels et de répondre au désir d’expansion des connaissances en histoire de l’art de tous les visiteurs de musées. Le MOOC Impressionnisme fut un vrai succès et sera suivi en 2015 d’autres cours massifs touchant à la peinture, à l’architecture, à l’histoire… La plateforme edX propose cette année un cours (en anglais) de découverte de la peinture européenne entre 1400 et 1800, proposé par une université espagnole avec un large recours aux collections du musée du Prado. Et sur Coursera, on trouve un cours sur Andy Warhol, réalisé en collaboration avec la Tate Gallery.

***

Sur la folie des chiffres de fréquentation dans les musées parisiens, voyez ce podcast (transcription écrite) de France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-revue-de-presse-culturelle-d-antoine-guillot-qui-a-la-plus-grosse-frequentation-2014-01-29

 

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Formateurs : j’ai la mémoire qui flanche…

… Et pour commencer, hommage à Jeanne Moreau :

Pourquoi cet air qui sent bon la Nouvelle vague et les années 60 en ouverture de ce billet ? Parce qu’il me semble qu’au moment d’engager la conception d’un MOOC, beaucoup de formateurs ont la mémoire qui flanche. Est-ce le fait de s’adresser à tant de participants à la fois ? De se sentir partie prenante d’une évolution majeure de la formation en ligne ? Ou encore, l’impatience de pouvoir enfin tourner des vidéos ? Toujours est-il qu’on les dirait victimes de ça :

« Oubliez tout ce que vous savez de la conception pédagogique, vous êtes dans un MOOC, c’est tellement simple, vous déposez des vidéos et des quiz sur une plateforme sympa, la foule va vous suivre ! » pourrait dire Will Smith à la foule des formateurs assemblée devant lui.

Mais non. Le film est fini, il est temps de se remettre au boulot et de montrer de quoi sont capables les formateurs aguerris qui pullulent, n’est-ce pas, dans le monde des MOOC. Car le MOOC est un espace de formation, ne l’oublions pas.

La construction pédagogique est fondée sur une démarche progressive logique, dont toutes les étapes dépendent les unes des autres :

Expression des besoin / de la demande (du commanditaire et surtout du public / des bénéficiaires pressentis) – Identification du sujet – Formulation des objectifs pédagogiques, généraux et spécifiques (les étapes à franchir) – Identification des informations à transmettre (les contenus de cours) et création des supports – Elaboration des activités d’apprentissage – Elaboration des activités d’évaluation, qui mesureront le niveau d’atteinte des objectifs pédagogiques. C’est généralement là que l’on réalise que les objectifs ne sont pas mesurables, qu’il faut les modifier, et que l’on repart pour un tour. En d’autres termes, la conception pédagogique est une démarche itérative.

Cours en présence, eLearning, MOOC, dispositif mixte : quelles que soient les modalités d’accès à la formation, la démarche de conception est la même.

Bien sûr, les MOOC ont des particularités, comme d’ailleurs toutes les autres modalités de formation. Trois d’entre elles ont une influence capitale sur ce que vous mettrez en oeuvre :

– Le public « massif » et hétérogène,

– L’absence de contraintes obligeant ce public à suivre le cours jusqu’au bout et à réaliser les tâches que vous avez prévues pour lui,

– L’impossibilité de suivre individuellement ce que feront les participants, de mesurer la progression de leurs apprentissage et de proposer des solutions de remédiation en cas de difficultés repérées.

Ces caractéristiques joueront sur la forme, la nature, la durée… des différents éléments de votre MOOC. Mais elles ne justifieront jamais la propension de certains à supprimer certains de ces éléments, à passer de l’espace de formation à l’émission de télévision ou à la conférence filmée.

Si vous n’avez jamais construit de formation avant d’aborder les MOOC, nous vous conseillons vivement de faire appel à un prestataire d’ingénierie pédagogique. Cela vous évitera, par exemple, de remplir votre projet de MOOC d’une quantité astronomique de contenus, et d’oublier les activités d’apprentissage. Cela vous évitera de créer des quiz qui ne mesurent rien. Cela vous évitera de faire des MOOC pour vous, en négligeant les caractéristiques et besoins supposés du public que vous souhaitez atteindre. Par nature, la formation est une activité altruiste. Et enfin, cela vous permettra peut-être de réaliser que le MOOC n’est pas forcément la meilleure solution…

Allez, pour finir, la plus belle séance d’apprentissage que j’aie jamais vue au cinéma, qui m’a marquée durablement et me parle tant de mon métier :

 

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