MOOC : cours plat ou cours en relief ?

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Il y a des gens que l’on écouterait pendant des heures. Ils parlent de manière structurée, choisissent les mots justes, leur voix est parfaitement posée, ils savent accélérer ou ralentir pour relancer notre attention, et ils nous préviennent quand ils vont dire quelque chose d’important. Généralement, leurs gestes soulignent les articulations de leur discours. Nombre d’orateurs et encore plus d’enseignants se déplacent dans la salle pour accrocher un regard, et tout simplement parce que le mouvement de leur pensée épouse celui de leur corps.

Si vous avez déjà été placé en position d’enseignant, de formateur ou simplement d’orateur devant un groupe, vous avez constaté que la manière dont vous habitez votre discours a une importance cruciale sur ce que votre auditoire retient et comprend. C’est une évidence absolue, mais qui mérite d’être revisitée au moment où, grâce aux MOOC – ou à cause d’eux-, une petite proportion d’enseignants accepte de passer devant la caméra en imaginant s’adresser à des milliers de participants, sans en voir aucun.

Le cours plat

Le problème avec les vidéos des MOOC, c’est qu’elles sont courtes. Pour ne pas imposer d’assommantes captations de cours en temps réel aux participants (regarder un cours auquel on n’a pas assisté provoque le pénible sentiment d’assister à une fête à laquelle on n’a pas été invité et où on ne connaît personne), on découpe les sujets en une multitude de petites capsules de 5 à 10 mn. Contraint par ce format étranger à ses pratiques pédagogiques (le monde éducatif est celui du temps long), l’enseignant n’a guère d’autre choix que de débiter à toute allure des paquets bien compacts d’informations ou, à l’inverse, d’énoncer une seule idée à la vitesse d’un escargot, à travers une parole dont il est totalement absent.

Pas d’exemples, pas d’anecdotes, pas de répétitions, pas de modulations dans le rythme et le ton. Ou si peu. L’ennui profond qui se dégage de la majorité des vidéos de MOOC tient à cela : les orateurs y occupent une fonction de machine. Siri se débrouille mieux que certains d’entre eux. La parole n’y a pas de valeur ajoutée vis-à-vis du texte.

L’apprentissage en relief

Nous sommes nombreux, parmi les mooqueurs, à préférer apprendre à partir du script plutôt qu’en regardant les images des vidéos de cours. Car grâce au surligneur et autres stylos magiques, nous sommes capables de façonner la chaîne montagneuse du discours à partir de la plaine du texte imprimé : nous surlignons les points clés, nous ajoutons nos propres exemples et analogies, nous traçons des flèches entre les éléments qui se font écho, etc. Bref, nous travaillons en relief, en 3D. Car ce qui se passe dans ma tête quand j’apprends quelque chose (quand j’apprends. Pas quand je fais semblant, ou que je mémorise en surface) ressemble bien plus à une maison qu’à son plan.

Mettre la parole en scène dans la vidéo, l’associer à d’autres médias

Il serait donc intéressant de rendre à la vidéo son statut d’image vivante dans les MOOC. La vie est bien loin dans ces vidéos statiques. Et les détracteurs de la formation en ligne ont alors beau jeu de sacraliser encore une fois le cours en présence, empli du « charisme » des enseignants, de la « relation privilégiée » qui unit ces derniers aux apprenants, etc. Oubliant au passage qu’il existe des cours en présence plus mortellement ennuyeux qu’un dimanche d’avril pluvieux passé au lit avec la grippe.

Capture d’écran 2015-04-28 à 13.36.47L’interview menée par un pro est en général beaucoup plus dynamique que le discours énoncé frontalement par une seule personne, même si cette dernière est un puits de science. Les interviews et témoignages sont d’ailleurs très appréciés des mooqueurs, qui savourent une parole plus libre et surtout plus personnelle que le cours principal. Les interviews qui terminaient chaque séquence du MOOC « Du Manager au Leader 2.0 » du CNAM ont remporté un grand succès.

Capture d’écran 2015-04-28 à 13.45.35On peut aussi faire dialoguer l’orateur avec son environnement, le voir déambuler dans une salle emplie d’objets ou, encore mieux, dans un espace ouvert dont la caméra valorisera les éléments significatifs. Voici par exemple un enseignant dans un champ de fouilles archéologiques, dans le MOOC « Hadrian’s Wall : Life on the Roman Frontier« , sur Future Learn. Le cours est proposé en 2e distribution le 15 juin, n’hésitez pas, il est excellent.

S’il n’y a pas grand chose à regarder dans la vidéo, à part l’orateur, doubler ce support avec un fichier audio est une bonne idée. Cela libère l’apprenant de sa position statique devant l’écran. La parole entendue au travers de l’écouteur provoque en outre un sentiment de proximité avec l’orateur.

Capture d’écran 2015-04-28 à 13.52.26Dans le MOOC « The Ancient Greek Hero in 24 hours » sur edX, les dialogues d’inspiration socratique doublés de fichiers audio font merveille. Matthieu Bonne, mooqueur averti, ne s’y était pas trompé et avait même qualifié ce MOOC de chef d’oeuvre. Il est désormais accessible en permanence sur edX.

Capture d’écran 2015-04-28 à 13.30.53La voix off est aussi une excellente solution pour valoriser le propos de l’orateur. La caméra a ainsi toute liberté pour glisser sur l’objet de son discours, encore plus lorsque l’image principale est enrichie d’animations. L’exemple le plus abouti de cet usage didactique me semble être Le dessous des cartes, la célébrissime série de Jean-Christophe Victor diffusée sur Arte, qui dispose d’un schéma narratif simple et efficace : orateur – carte animée – orateur – références bibliographiques.

Mettre son MOOC au régime !

On peut aussi choisir…de mettre son MOOC au régime, et de limiter le nombre de vidéos-calories intégrées aux séquences. Certes, l’incarnation du savoir dans une personne reste essentielle. Pour respecter cette règle implicite, commencer chaque séquence avec une intervention de l’enseignant filmée, mise en scène et montée est une option intéressante. Ensuite, des productions originales moins onéreuses et techniquement moins complexes complétées de ressources pré-existantes et librement accessibles permettront aux participants d’appréhender les différents points du cours sans monotonie.

Magnifier la parole, capter les indices de la personnalité de celui qui parle, ménager des pauses et des surprises grâce au montage : la création de vidéos de qualité requiert un travail d’auteur pour provoquer l’émergence du sens et ce, même quand il s’agit « seulement » de filmer le sachant. L’auteur média travaille ici en étroite relation à la fois avec l’expert de contenu (l’enseignant, le plus souvent) et le concepteur pédagogique qui déroulera le scénario du cours.

Et vous, avez-vous suivi des MOOC dont vous avez apprécié la qualité des vidéos, dans lesquelles la parole était mise en scène et vous captivait ? Partagez vos expériences dans les commentaires !

Illustration : Massif du Mont Blanc. Tom Fahy, Flickr, licence CC

A propos Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.
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17 commentaires pour MOOC : cours plat ou cours en relief ?

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  2. Vincent datin dit :

    Bonjour Christine,
    Merci pour cet article.
    Eh oui, après avoir lutté contre les vidéos trop longues, il faut maintenant lutter contre les vidéos soporifiques ! Rien de très surprenant pourtant, puisqu’on demande à un orateur de MOOC, de réaliser 3 métiers en 1 : acteur, enseignant, auteur… sans tomber dans l’excès du showman.
    A ce petit jeu, il ne sont certainement qu’une petite dizaine à pouvoir jouer ce rôle…

    L’option d’un MOOC avec zéro calorie et compléments alimentaires (autres formats, podcast par exemple ?) est séduisante et j’espère qu’elle fera son chemin. En terme de réduction de coûts, elle devrait même séduire les adeptes du « Lean-MOOC »

    +1 pour le travail avec le script (on peut aller plus loin avec une mindmap les extensions du navigateur)

    • Christine Vaufrey dit :

      Je ne sais pas si les mindmaps conviennent à tout le monde. Très utiles pour mettre de l’ordre, organiser, évidemment. Mais elles deviennent vite illisibles des qu’un élément appartient à plusieurs ensembles… J’attends la mindmap 3 D🙂

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  4. fduport dit :

    A la lecture de cet article, je me faisais la réflexion qu’il serait nécessaire de (ré)apprendre à faire du multimédia (des années 90) et de construire un dialogue narratif en combinant plusieurs média plutôt que de proposer que de la vidéo seule. Cela permettrait de laisser le choix à l’utilisateur.

    Je pensais également à la mode des papiers longs (pour la presse) et du webdocumentaire (pour la TV-video). Ce qui est amusant avec ces nouveaux formats : le premier intègre un peu de vidéo dans le monde du papier. Le second laisse un peu de place à l’écrit dans des scénarios dominés par l’image. Bref, on reste dans l’effet diligence.

    • Christine Vaufrey dit :

      Tout à fait d’accord. Mais ne refaisons pas la même erreur que dans les années 90 : n’oublions pas / ne méprisons pas l’oralité, la parole vivante…

      • fduport dit :

        Dans les années 90, il n’y avait pas les réseaux sociaux et leurs usages. Cela rentre dans la nouvelle grammaire🙂

  5. Christine Vaufrey dit :

    L’utopie à l’époque était vraiment de faire des cours sans profs, il y avait le fantasme de l’enseignement complètement automatique. On n’en est plus là, plutôt dans le personal branding🙂

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  7. sylvierdoc dit :

    Bonjour Christine ! :o)
    Documentaliste passionnée par les outils de valorisation de l’information, j’utilise personnellement l’application en ligne Popcorn maker pour enrichir des vidéos ou animer un podcast radio. Par l’insertion aisée de commentaires, liens, images, cet outil apporte une valeur ajoutée et dynamise les contenus. Il est un des moyens de « mettre la parole en scène dans la vidéo, de l’associer à d’autres médias » comme vous le soulignez judicieusement dans votre article ! :o) Merci pour vos billets blog et longue vie à Thot Cursus !

    Ex de podcast radio commenté : https://sylvieredoc.makes.org/popcorn/2ukf
    Ex de vidéo enrichie : https://sylvieredoc.makes.org/popcorn/2qzs

    • Christine Vaufrey dit :

      Bonjour Sylvie,
      Oui, Popcorn maker est un outil intéressant, je regrette seulement que les marqueurs visuels soient si gros… Juste une petite précision : je ne travaille plus our Thot Cursus depuis décembre dernier, les MOOCs occupent tout mon temps🙂

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