Liens, lieux et sens des apprentissages

17069459315_5b09bd6101_zUne amie me disait voici quelques jours qu’elle avait peiné dans les premières années de ses études supérieures. Qu’elle avait dû aller contre la culture familiale qui ne la poussait pas dans ce sens. Que les matières nouvelles, à la sortie du lycée (le droit, l’économie…) lui avaient donné du fil à retordre et que les heures passées à potasser les cours et les manuels ne se traduisaient pas souvent en notes honorables aux examens. Mais elle s’est accrochée.

Les choses ont commencé à changer quand son « échafaudage cognitif », comme dirait Divina Frau-Meigs, a été assez solide pour lui permettre d’établir des liens entre les disciplines, entre les faits, entre les concepts. Alors, la grande image s’est progressivement dévoilée. Les cours sont devenus plus intéressants et l’effort, plus productif. Ses parents ont commencé à la féliciter (mais c’était avant qu’il aurait fallu le faire, quand c’était difficile). Les deux années suivantes se sont passées sans peine excessive.

Si j’évoque le récit de cette amie, c’est que je suis impressionnée par sa capacité à apprendre de toutes les situations, par sa rapidité à, littéralement, tirer les leçons de ce qu’elle vit. Elle apprend comme elle respire.

Manifestement, le travail fourni pendant ses études n’y est pas pour rien. Ce ne sont évidemment pas les connaissances acquises ces années-là qui lui ont servi jusqu’à maintenant, mais bien les fondations de l’architecture mentale qu’elle a établies et le sentiment de fierté qu’elle en a retiré. Elle a ainsi conquis la liberté d’apprendre toute sa vie, car elle sait associer des éléments qui n’appartiennent a priori pas aux mêmes domaines et n’apparaissent pas ensemble, ni sous des formes similaires.

Cette capacité à faire des liens est absolument cruciale pour donner du sens aux apprentissages formels et informels qui, sans elle, restent limités aux premiers niveaux de la cognition. Cette capacité a pris une importance encore plus grande avec Internet, la sérendipité qui stimule la découverte mais fait disparaître les balises.

La place et le couloir

Le spectaculaire élargissement de notre terrain immatériel d’expérience peut (doit) être compris comme une chance : on apprend clairement mieux sur une place que dans un couloir. Le potentiel d’associations fécondes y est infiniment plus vaste.

Nul besoin par conséquent d’élaborer une méthode en 12 points pour « apprendre à apprendre ». Mieux vaut aménager un espace d’apprentissage riche et accueillant, puis accorder sa confiance à tous ceux qui vous feront l’honneur de venir le fréquenter.

On veillera donc à maximiser les opportunités d’interactions sociales (se lier pour relier), les propositions raisonnées de ressources hétérogènes et les activités qui mobilisent diverses capacités mentales et remplissent des fonctions différenciées (Mémoriser, Stimuler, Explorer, Appliquer, Transférer, Enrichir, Entraîner… ).

Il ne faudra évidemment pas s’attendre à ce que, dans un groupe d’apprenants, tout le monde atteigne les mêmes résultats, sauf si l’enjeu est que tous se conforment à une norme, par exemple lorsqu’on vise à l’obtention d’un diplôme. L’achèvement d’un parcours peut même n’avoir aucune espèce d’importance. A t-on mieux profité d’une place après en avoir fait le tour complet plutôt qu’en la traversant ou en restant immobile à regarder les gens qui s’y croisent ? Qui sait à l’avance et pour les autres d’où viendra la bonne surprise, l’élément qui donnera du sens au parcours de chacun ?

Photo : Place Jema El Fna, Marrakech. Welcome to Helen’s World, Flickr, licence CC

A propos Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.
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2 commentaires pour Liens, lieux et sens des apprentissages

  1. « Elle a ainsi conquis la liberté d’apprendre toute sa vie, car elle sait associer des éléments qui n’appartiennent a priori pas aux mêmes domaines et n’apparaissent pas ensemble, ni sous des formes similaires »
    Merci Christine pour ce petit trésor dévoilé. Je retiens les mots ci-haut, je pense aujourd’hui plus que jamais que c’est le secret de tout le bonheur que l’on puisse trouver dans notre cheminement d’apprendre toute notre vie.
    Je me suis « vu » dans ce billet, j’ai un peu mieux compris pourquoi « tout ceci » pourquoi « tout ce que j’ai eu envie, compris et relié » j’aime autant penser qu’une fois rendu à ce niveau des choses nous sommes en mode « discernement » mais surtout libéré des contraintes institutionnalisées du modèle que l’on nous fait hériter depuis fort longtemps (les années 1800 ?😉 )

  2. Ping : MOOC : cours en ligne ou cours en rond ? | Jamais sans mon laptop

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