Hébergement des MOOC : diversification en vue

11059505474_cdcaf81bcb_zLes MOOC se banalisent. Suivre un MOOC va rapidement devenir aussi commun que suivre un module d’eLearning autoporté sur étagère (et plus efficace, espérons-le). Produire un MOOC représente beaucoup d’efforts et demande des compétences particulières, mais des organisations toujours plus nombreuses se lancent dans l’aventure. Il y a cette semaine plus de 80 MOOC francophones en cours de distribution, si l’on en croit l’annuaire de référence mooc-francophone.com. Le mois de mars va en voir ouvrir une bonne dizaine de plus. Encore ne parle t-on ici que des MOOC publics, ceux qui s’adressent à tous et ont donc besoin d’une forte exposition sur le web. Les SPOC et COOC réservés aux collaborateurs d’une organisation, ne figurent évidemment pas dans cette liste.

Une belle brochette de plateformes pour les MOOC francophones

Sur quels sites ces cours sont-ils disponibles ? Actuellement, quasi-exclusivement sur des plateformes spécialisées, telles que IonisX (spécialisée dans les mini-MOOC), Openclassroom, FUN, Speach.me,  Neodemia, Edunao, First Business MOOC, Solerni, Sillages, Unow… pour ce qui est des plateformes françaises. Il faut également citer l’incontournable Coursera, la plateforme américaine qui accueille les écoles et universités prestigieuses du monde entier. edX, dans sa version américaine, accueille aussi quelques cours francophones, comme Ressources naturelles et Développement durable, proposé par l’Université catholique de Louvain (Communauté française de Belgique), université qui accueillera d’ailleurs le sommet eMOOCs en mai prochain.

L’offre de plateformes est donc pléthorique. Néanmoins, toutes ne sont pas accessibles à tout le monde. De multiples critères de sélection entrent en ligne de compte et vous orienteront vers une plateforme ou une autre : êtes-vous une école ou université publique ? Privée ? Une entreprise ? Une association ? Quel est votre budget ? Voulez-vous acheter un MOOC « clé en main » ou juste un hébergement ? Voulez-vous personnaliser votre plateforme, voire mettre les mains dans le code ?

On pourrait penser qu’avec une offre aussi diversifiée, chacun trouve son bonheur. Pourtant, certaines organisations ne souhaitent pas confier leurs MOOC à des plateformes spécialisées externes. Certaines universités québécoises proposent d’ores et déjà des MOOC sur leur propre plateforme. C’est le cas par exemple de l’Université du Québec à Trois Rivières qui propose sur sa plateforme un cours de Littératie financière et fiscale. La TELUQ dispose elle aussi de sa propre plateforme, Ulibre, construite sur la base d’edX. Récemment, on apprenait que l’EM Lyon avait passé un accord avec IBM pour développer sa plateforme de cours basée sur les technologies IBM dans le cloud. Et la prestigieuse université Duke, aux Etats-Unis, est en train de quitter Coursera et de rapatrier ses MOOC… chez elle, sur son LMS.

Va t-on assister à une migration massive des MOOC sur les LMS et autre plateformes privées de ceux qui les commanditent / les conçoivent / les distribuent ? Peut-être pas dans l’immédiat mais ce qui est certain, c’est qu’il existe maintenant des alternatives à l’hébergement externe des MOOC sur des plateformes fortement « brandées ».

Entre tranquillité et indépendance

Sur certaines plateformes, les concepteurs et commanditaires se sentent à l’étroit. De nombreuses fonctionnalités sont médiocres ou carrément absentes, tant au niveau des possibilités offertes aux participants qu’à celui du suivi des apprenants, les données retournées restant, dans la majorité des cas, très élémentaires et peu adaptées aux spécificités des parcours d’apprentissage.

L’hébergement sur une plateforme de MOOC spécialisée a un coût non négligeable, qui exclut de fait les petites structures du marché des MOOC. En échange de cet hébergement, le commanditaire bénéficie de la popularité de la plateforme qui lui apporte du trafic et n’a pas à s’occuper de sa maintenance, de la gestion des inscriptions, etc. Mais cette sécurité a un prix : celui de l’anonymat (le nom ou la marque du créateur disparaissant sous celle de la plateforme, phénomène évident sur Coursera par exemple); celui de l’absence de maîtrise de la destinée des données générées par les participants, celui d’une faible personnalisation de la plateforme et de l’espace de cours… De plus, certains hébergeurs se comportent comme des agences eLearning et vous incitent (voire vous obligent) à acheter des packs complets conception + hébergement + animation, qui font évidemment monter la facture. Si ces offres sont tentantes lors d’un premier MOOC, elles perdent de leur intérêt dès que vous avez acquis de l’expérience ou que vous avez décidé de ne pas « commander un MOOC » à l’extérieur, mais plutôt de réaliser votre MOOC, la question de l’hébergement passant alors au second plan.

On comprend alors aisément que certaines organisations cherchent des alternatives à l’hébergement sur les principales plateformes de MOOC. C’est le cas par exemple des organisations de taille modeste et au budget limité qui disposent néanmoins de compétences pointues en SI et de serveurs performants. Elles peuvent alors envisager d’héberger leur(s) MOOC(s) – sachant qu’elles n’en produiront sans doute pas des dizaines, sur une plateforme open source installée sur leur propre site. Le dimensionnement des installations et de l’espace d’hébergement requis chez un prestataire tel que Gandi ou OVH est à leur portée technique et financière. Les MOOC peuvent aussi être hébergés sur une plateforme cloud personnalisable.

Du LMS au MMS

Les grandes organisations pour leur part disposent déjà d’une infrastructure leur permettant d’héberger leurs MOOC et d’en assurer la maintenance. Elles disposent également d’un ou plusieurs LMS qu’elles connaissent bien et qui pourront, la plupart du temps, s’adapter au format MOOC. Car les éditeurs de LMS ne vont pas, on s’en doute, regarder passer le train du MOOC sans réagir. Déjà Blackboard (LMS majoritaire dans les universités du continent américain) existe en « version MMS » (MOOC Management System) dans le cloud, sur le nom de CourseSites, plateforme accessible en 8 langues dont le français. La fondation Mozilla a d’ailleurs choisi cette plateforme pour délivrer son MOOC permanent sur les Open Badges.

Ma plateforme, c’est le web !

Cette tendance ne signe pas pour autant la fin des plateformes de MOOC externes telles que celles que nous avons citées plus haut. Mais ces dernières vont devoir s’adapter : proposer des configurations variables et évolutives en termes de fonctionnalités, muscler sérieusement leurs analytics, travailler à une offre SAAS et à des offres intégrables. Proposer des prestations souples, depuis l’hébergement simple en marque blanche jusqu’au pack complet « MOOC clé en main ». Se concevoir, aussi, comme l’une des briques d’un dispositif plus vaste étendant ses ramifications à d’autres services web, les réseaux sociaux en particulier. Le Tin Can API est à ce niveau extrêmement prometteur, qui permettra de suivre les parcours utilisateurs non seulement sur la plateforme elle-même, mais aussi sur tous les autres services en ligne qui seront utilisés à des fins d’apprentissage.

Nous travaillons chez MOOC et CIE avec des organisations extrêmement différentes, petites et grandes, qui envisagent des solutions variées d’hébergement de leurs dispositifs de formation en ligne, en fonction des contraintes et aspirations qui sont les leurs.  Ce qui nous donne une vision dynamique de cette problématique, étroitement articulée à celle de l’ingénierie pédagogique. Aujourd’hui, les MOOC ressemblent aux plateformes sur lesquelles ils sont distribués. Demain, souhaitons que les solutions d’hébergement soient aussi diverses que les MOOC réalisés par tous ceux qui s’investissent sur le champ de l’apprentissage massif.

Photo : mksmith23 – Flickr – Licence CC

A propos Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.
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8 commentaires pour Hébergement des MOOC : diversification en vue

  1. Fred - FLQ dit :

    Encore un article très pertinent et qui fait plaisir à lire !
    « Aujourd’hui, les MOOC ressemblent aux plateformes sur lesquelles ils sont distribués. » Cette phrases vers la fin met le doigt sur un point qui est, il me semble, l’une des grosses tares des MOOCs dans leur forme actuelle et depuis leurs débuts : toutes ces plateformes ont, consciemment ou non, développé un « modèle » de ce que devrait être un MOOC, généralisant des pratiques pourtant en deçà de ce que le meilleur du e-learning proposait déjà à l’époque. Linéarité (texte -> vidéo -> forum -> quiz -> texte…), expérience utilisateur souvent à peine correcte et donc plutôt adaptée à des personnes ayant déjà l’habitude d’un surf précis et réfléchi sur le net (rendant de ce fait l’aspect « open/ouvert à tous » en partie faux), cloisonnement des cours ET des utilisateurs dans la plateforme (oui, oui et oui pour la Tin Can API mais, à l’heure de la statistique reine des « J’aime », « Nombre d’inscrits » ou « Nombres de pages vues » qui mettrait en avant un système permettant d’étudier partout et donc à l’extérieur de sa plateforme ?),… la liste est longue !
    De ce point de vue, les services proposés par MOOC et CIE (de ce que j’en vois sur le site) sont résolument tournés vers le long terme sur ce marché. Je pense qu’il y a effectivement de nombreuses possibilités non pas dans l’hébergement et conception de MOOCs pour organisations et entreprises, mais plutôt dans l’accompagnement et la formation à la conception de MOOC (ce qui peut comprendre un hébergement éventuellement).
    Bon courage donc et beaucoup de plaisir dans cette aventure Christine !

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  4. Christine Vaufrey dit :

    Merci Fred pour ce commentaire qui me fait vraiment plaisir. Chez MOOC et CIE, nous travaillons systématiquement en co-conception et faisons en sorte qu’à la fin de l’aventure commune, chacune des parties prenantes en ait plus dans son sac qu’au démarrage. Tout le monde n’a pas pour vocation (ni même envie !) de devenir expert en conception de MOOC, mais chacun peut s’essayer à la création d’une séquence, d’une activité… Ce que nous proposons toujours à nos clients, à côté d’une offre structurée de formation à la scénarisation et à l’animation de MOOC.
    Le Tin Can API présente un intérêt évident lorsque l’organisation dispose d’un écosystème numérique (LMS, réseau social, sites d’information…) et souhaite savoir comment les utilisateurs y évoluent. Très utile aussi pour encourager l’autonomie d’apprentissage des utilisateurs, voir où ils vont chercher l’information, où et comment ils contribuent à la production de cette information. Beaucoup de formations courtes me semblent aujourd’hui faire doublon avec des contenus en ligne utilisables à des fins de formation…
    Quant au plaisir… Il est là, dans l’espace de créativité ouvert par les MOOC et, plus généralement, par tous les dispositifs d’apprentissage numérique ouverts. Bonne continuation à vous !

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  7. Bonjour Chrisitne,
    je rebondis sur votre post : «  »De plus, certains hébergeurs se comportent comme des agences eLearning et vous incitent (voire vous obligent) à acheter des packs complets conception + hébergement + animation, qui font évidemment monter la facture. » »
    Chez moocit, nous proposons uniquement l’hébergement, configuration et maintenance de plateforme de MOOC.

    Nous partons du constat inverse: il nous parait plus simple de créer un cours en ligne sur des outils adaptés, comme edX Studio, de filmer/monter des vidéos de cours (tel qu’il est possible de le faire depuis 10 ans), créer les quizz à correction automatique, etc.. que d’héberger une plateforme de MOOC en production, sécurisée et engageante visuellement/ fonctionnellement.

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