Comment finir ?

Bon, alors là, heureusement que Noël et son marathon arrivent, les #cestquiqualesbillets, les #zutjairienpourmasoeur et les #jauraispasdufinirlesaintemilion qui vont m’occuper et m’empêcher de penser parce qu’autrement, ce serait une fin d’année un peu sad, une fin d’année très très « fin », justement,  professionnellement parlant. Et quand on travaille à son compte, quand on travaille beaucoup chez soi (et dans le train), quand on travaille avec un ordi aux allures de terminal d’aéroport dans lequel tout se croise et se mélange un peu, eh bien le professionnel a des effets bizarres sur le personnel.

Décembre 2014, je dois terminer proprement deux choses.

MOOC_inscriconf590x355_2D’une part, le mooc Impressionnisme. Vous me direz, il est déjà fini : le 14 décembre, nous avons annoncé solennellement la fin du premier mooc culturel de France, la fin du premier mooc ouvert à tous drivé par une institution muséale et une entreprise de telecom dans le mooooonde, yesss. Mine de rien, il m’a occupée pendant près de 9 mois, eh oui, on revient toujours à ces 9 mois, ça a commencé au printemps et ça se termine en hiver, 3 saisons avec des peintres qui ne figurent pas parmi mes préférés, sauf Degas et ses cadrages de malade, bien meilleurs que ceux de ses photos, c’est quand même un comble. 3 saisons avec une super équipe, des gens qui vous donnent envie d’avancer parce qu’ils sont open, ils ne considèrent pas que le principal de leur job c’est de vous dire non, sur qui on peut compter. Et la maison mooc se construit, chacun sait ce qu’il a à faire et le fait bien. On veille les uns sur les autres, on se ménage et on n’exagère pas, il y a de l’estime et de la confiance là-dedans.

Puis deux mois avec les participants au mooc. Le coup des pilules rouges, encore une fois. L’adrénaline des premiers jours, la lecture des posts comme celle du meilleur des romans (ah oui, on lit pas mal dans cette affaire, et pas que des posts de participants, des montagnes de mails, des romans, des sms) et toujours le même constat : les gens sont géniaux. Pourquoi nous rebat-on les oreilles avec notre médiocrité, nos défauts, nos manques, nos « pas assez » et nos « trop » ? Là, sur les forums du mooc, c’est juste bien. Juste ce qu’il faut. Des surprises, des éclats de rire, des émotions, des gens qui tâtonnent pour parvenir à dire ce qu’ils veulent ou au contraire qui écrivent comme on coupe au laser, parfaitement juste, sans bavures. Tout le monde a sa place ici, tout le monde vient simultanément prendre et donner des choses, il y a une énergie, un plaisir d’explorer et d’apprendre qui sautent aux yeux à chaque page.  Ceux qui formaient le « public » deviennent des « collaborateurs », des semblables, des gens avec qui l’on construit un objet commun, le mooc. J’ai bien du mal à distinguer les limites et même la forme générale de cet objet, c’est encore un peu tôt, mais il est là, il remplit l’espace, il respire. Alors là, je me dis : est-ce qu’on aurait réussi ?

Forcément, arrêter ça, ce n’est pas complètement évident. C’est comme fermer une grande maison traversée de soleil et du bruit de la mer pour rentrer dans un appart pas trop bien éclairé, pas trop bien chauffé. Ce mooc, c’était un genre de vacances sous les tropiques (remarquez, maintenant que c’est fini j’irais quand même bien passer quelques jours au chaud, totalement occupée à ne rien faire).

D’autre part, le truc énorme, tellement que je n’arrive pas à y croire même quand je le dis à haute voix : j’arrête Thot. Demain soir, je ne serai plus rédactrice en chef de Thot Cursus. Je m’en vais. Je ferme la porte. C’est moi qui l’ai décidé.

Demain, je vais écrire mon dernier article, mon dernier édito. Ici, je suis en train de me donner du courage pour le faire. Parce que ça fait six ans, mine de rien (huit depuis que j’ai écrit mon premier article), que tous les lundis et mardis, 44 semaines par an, j’ouvre la fenêtre de l’éditeur et je regarde ce qu’ont écrit mes collègues. Je révise, j’édite, j’écris, je publie, j’annonce, je communique, je négocie, je réfléchis, je veille, je collecte, je synthétise, j’interroge, je mets en forme, je vous dis bravo, je vous parle, à vous qui êtes loin, que je ne vois jamais où presque, que je vous imagine à votre bureau, que je vous connais, que je sais ce qui vous fait avancer et vous révolte, que je partage certaines de vos joies et certains de vos malheurs, que j’essaie de vous faire rire, de vous donner envie, que j’énerve aussi j’en suis sûre, que je vous emmène, que nous vivons cette vie ensemble. Qu’est-ce que vous allez me manquer.

(Et là, 10 mn de bug, à penser à T., F., I., Ph., P., D., A., O., E., V., M., C. …)

Bon. Alors, on fait quoi ? On continue. Tout s’arrête, rien ne s’arrête. Les participants au mooc Impressionnisme ne veulent pas que ça s’arrête. Alors comme cette équipe a décidé de faire réussir les choses plutôt que de les faire échouer (ce qui, convenez-en, est assez difficile et peu courant), le mooc reste ouvert. Animé jusqu’au 21 décembre, avec des contenus accessibles jusqu’au 8 février. Et ensuite, on verra. Mais pas question de le jeter à la poubelle. Il y a de larges parties recyclables.

Et puis, voilà que des petites plantes pointent le bout de leurs tiges hors du terreau fertile du mooc. Un mooc en appelle un autre, plusieurs autres. Les projets sont là, les envies aussi, #yapluka.

La porte de Thot s’ouvrira encore quelques fois, quand j’aurais quelque chose d’important à partager. Les amitiés sont solides, elles survivront grâce aux réseaux. Par exemple, pour rien au monde je ne manquerais les bavardages du dimanche matin sur Twitter avec Ph. C’est comme de se rencontrer sur le marché🙂

Et voilà une nouvelle aventure : celle de MOOC et Compagnie. Une petite société, 4 histoires (et j’espère bientôt quelques-unes de plus) qui se sont croisées et se sont arrêtées, provisoirement sans doute, ici. Il y a de ces évidences. Nous aimons travailler ensemble ? Alors, prenons le temps de le faire, bien. Ouvrons une autre maison, invitons-y le soleil, le bruit de la mer, le sable qui crisse sous les sandales. Tout ça, c’est dans la tête, évidemment. Il suffit d’y croire pour que ça existe. Risqué, mais stimulant.

MOOC et Compagnie crée des MOOC, des SPOC, des COOC, tout ce qui sonne, sert à apprendre en ligne dans le plaisir et avec les autres. Elle est ici : http://mooc-et-cie.com/ Elle vous attend.

Photo : hexion, flickr, licence CC

 

 

 

A propos Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.
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Un commentaire pour Comment finir ?

  1. Tu fermes certaines portes pour en ouvrir de nouvelles.
    Je sais que pour toi, le meilleur reste encore à venir.
    Tu vas beaucoup nous manquer à Thot Cursus certes, mais ce n’est pas un au revoir🙂

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