Le MOOC Impressionnisme, culture physique

confort-apprendreFrédéric Duriez a publié hier un billet  dans lequel il présente les activités d’apprentissages liées au MOOC sur l’Impressionnisme et en suggère quelques-unes en plus aux enseignants en collège, si d’aventure ils souhaitaient utiliser ce MOOC avec leurs élèves.

On ne parle pas souvent des activités d’apprentissage proposées dans les MOOCs. D’ailleurs, on ne parle pas souvent de la scénarisation pédagogique des MOOCs. Je profite de l’occasion offerte par Frédéric pour m’arrêter sur deux points qui me semblent essentiels : l’importance de la tâche dans les apprentissages d’une part, du lieu dans lequel s’effectue cet apprentissage d’autre part.

On fait quoi, aujourd’hui ?

Eh oui, on apprend mieux en faisant, et ce n’est pas nouveau. Bien des formateurs ont, à un moment ou à un autre, punaisé ce fameux « proverbe chinois » ou l’une de ses variantes sur le mur de leur bureau :

« J’écoute et j’oublie, je vois et je retiens, je fais et je comprends ».

On n’insistera jamais assez sur l’importance de l’expérience physique de l’apprentissage. Mobiliser ses cinq sens, sentir dans son corps l’effort que représente de fait tout apprentissage approfondi, manipuler des objets pour mieux manipuler des concepts : beaucoup le font spontanément car ils savent ce qui marche, dans les deux sens du terme ( ça fonctionne / ça bouge). L’intelligence et les capacités de compréhension ne se situent pas exclusivement là où on les attend et le cerveau n’a pas le privilège de l’esprit.

Dans cette perspective, obliger les étudiants et surtout les enfants à rester assis (sans parler, sans bouger, heureusement qu’ils ne respectent pas ces consignes a la lettre) toute la journée pour apprendre, revient à les amputer d’une part fondamentale des moyens dont chacun dispose pour apprendre. Le souci d’organisation a de fait créé une hiérarchie dans les modalités d’apprentissage en privilégiant l’économie de moyens au détriment de l’efficacité : apprendre avec sa tête seulement n’est pas plus efficace ou plus sophistiqué qu’apprendre en faisant, c’est juste plus pratique pour l’institution scolaire / universitaire, qui s’est appuyée pour légitimer ce choix sur la conception du savoir héritée des Lumières. Voir par exemple Ken Robinson  ou Matthew Crawford  (qui traite des ravages de ce modèle dans le travail) si vous voulez en savoir plus.

Lieux d’apprentissage

Toute ambition de réforme de l’institution scolaire doit s’attaquer à la question de l’espace physique de l’apprentissage, au moins autant qu’aux programmes d’enseignement et aux choix pédagogiques. Il n’y a qu’à voir le travail réalisé par l’architecte néerlandaise Rosan Bosch sur les bâtiments scolaires pour comprendre à quel point l’espace influe sur l’expérience et les résultats de l’apprentissage.

Dans les écoles aménagées par Rosan Bosch, les enfants se voient confier des l’âge de 6 ans un ordinateur portable. Ce qui leur permet de se déplacer avec leur matériel scolaire et d’apprendre / travailler là où ils se sentent bien, dans l’espace le plus adapté, en fonction de ce qu’il y a à faire.

Cette expérience de la mobilité est banale aujourd’hui et elle touche enfin l’offre de formation en ligne avec les MOOCs. L’intérêt majeur des MOOCs réside moins en effet dans la possibilité de distribuer un contenu unique a des milliers de personnes en même temps (ça, c’est la télé et c’est l’école française avec ses programmes nationaux et son organisation immuable d’un bout à l’autre du territoire, de 8 h a 17 h du lundi au vendredi) que dans celle qui est offerte à tout individu de choisir le lieu, la durée, le moment et l’organisation de son apprentissage.

Les témoignages des participants au MOOC sur l’Impressionnisme sont à cet égard éloquents. Beaucoup soulignent l’intérêt d’apprendre à son rythme, de chez soi, devant son ordinateur… et dans son canapé. Isabelle Quentin, chercheure en Sciences de l’éducation,  a mené des entretiens avec les participants de différents MOOCs, cherchant notamment à savoir où ils s’installaient pour suivre le cours. Certains suivent le cours sur leur lit, d’autres dans le salon, en compagnie de leurs enfants ; le bureau, la cuisine et les transports sont également cités.

Mais évidemment, cette liberté nouvelle ne présente pas que des avantages et il est redoutablement facile de décrocher, de perdre sa motivation et même sa curiosité pour le programme auquel on s’est inscrit. Par ailleurs et plus trivialement, quand on suit un bout de MOOC en préparant le repas du soir ou avant de s’endormir, ce n’est pas pour s’ennuyer ou souffrir, se soumettre à une « forme cruelle de distraction », comme le dit si bien Tony Bates . Il revient alors aux concepteurs du cours de maintenir l’intérêt des participants, l’intérêt seul pouvant les retenir dans le cours que vous avez préparé pour eux, puisque la plupart des contraintes externes ont disparu. Et c’est fou comme l’intérêt baisse vite…

La mise en place de propositions d’activités d’apprentissage répond donc à une double préoccupation : maintenir l’attention et l’intérêt des participants, du moins de ceux qui souhaitent aller au delà d’une posture de spectateurs; faciliter les apprentissages et donner les moyens à chacun de vérifier qu’il est en capacité de réexploiter, de différentes façons, les apports du cours.

Chacun sa route

Dans le MOOC sur l’Impressionnisme, je suis frappée par la qualité des productions des participants. Qu’il s’agisse de se mettre dans la peau d’un personnage et d’écrire, de tester les couleurs complémentaires, de faire une recherche en ligne et d’en présenter les résultats, d’argumenter sur une notion aussi complexe et peu consensuelle que la « valeur » d’une œuvre d’art, il est profondément satisfaisant de constater que plusieurs centaines de personnes se sont mises à l’ouvrage, ont atteint les objectifs proposés ( apportant ainsi la preuve qu’il y a bien eu apprentissage ou au moins mobilisation adaptée de connaissances et compétences) et ont manifestement pris du plaisir à le faire.

Bien entendu, les participants qui s’emparent des propositions d’activités ne représentent pas la majorité, très loin s’en faut, des inscrits au MOOC. Ce qui ne constitue pas un problème dans un MOOC qui se situe dans le champ des pratiques culturelles volontaires, comme l’exposition à laquelle il est lié. Vous n’allez pas voir une exposition avec un fusil dans le dos. Dans la salle, personne ne vous crie dessus si vous passez vite devant certaines œuvres, vous attardez devant d’autres ou même, préférez rester au café du musée en attendant que ceux qui vous accompagnent aient fini leur visite. Et une bonne exposition, comme un bon MOOC, est sans doute celle qui autorise des parcours diversifiés.

Qualité de l’offre pédagogique et diversité d’exploitation du cours se répondent. En tant que concepteur, vous aurez souvent le sentiment de faire beaucoup plus que ce qui sera effectivement exploité par la majorité des participants. L’objectif n’est pas que tous aient fait ce que vous avez préparé, mais que chacun ait trouvé dans cette offre ce qui lui convenait.

Photo : Johan Larsson, Flickr, licence CC BY

A propos Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.
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