MOOCs : augmenter le pourcentage de finissants, mission possible !

medium_3864648757 Le saviez-vous ? L’Espagne est le pays d’Europe qui a produit le plus grand nombre de MOOCs à ce jour, grâce à sa plateforme MiriadaX qui fut la première à voir le jour sur le vieux continent.
Aujourd’hui, en Espagne comme partout, on est moins enthousiaste sur les MOOCs qu’auparavant, on subit la descente après l’extase, et on se prépare à se mettre au boulot, enfin, pour créer de bons cours dont le succès espéré tiendra moins au marketing qu’à leurs qualités intrinsèques.

Mais tous ceux qui s’apprêtent à bûcher leurs MOOCs doivent affronter l’argument massue de leurs détracteurs : le taux catastrophique d’abandon avant la fin du cours.

C’est sur Tecnoxplora, un site espagnol,  que je trouve enfin la riposte à cet argument fallacieux. Rien ne sert en effet de s’épuiser à expliquer que les gens qui s’inscrivent librement à un MOOC n’ont pas tous le même projet d’apprentissage, que le MOOC permet précisément des projets différenciés, et même pas de projet du tout. Ceci ne fait pas partie des représentations habituellement associées à un « cours » et à ce qu’on vise quand on en produit un (parce que pour ce qui est de ce qu’on y apprend et comment on le fait, c’est encore une autre histoire). Non, il suffit de reprendre un paragraphe de cet article, que je traduis ici.
[Contexte : d’après les chiffres avancés dans une récente enquête, seuls 4 % des inscrits aux MOOCs distribués par l’Université de Pennsylvanie obtiennent le certificat final de réussite, ce qui condamne cette modalité de distribution de cours. Mais l’auteur de l’article estime qu’il faut comparer ce pourcentage non pas avec le taux de diplômés parmi les inscrits réguliers à l’université, mais avec tous ceux qui ont demandé l’entrée à l’université. ]

L’Université de Pennsylvanie se vante du fait que 87 % de ses étudiants (2 200 au total) obtiennent leur diplôme dans le délai normal de quatre ans, mais elle ne prend pas en compte tous ceux qui restent à la porte. Si nous les intégrons, les choses sont complètement différentes : seuls 7 % des 31 218 étudiants [nombre de personnes ayant demandé une entrée à l’université de Pennsylvanie et rempli un formulaire à cet effet] qui ont rempli le formulaire d’inscription ont réussi à terminer dans les temps (2 200x 100 / 31 218 = 7,04).
Si l’on considère que ces 31 218 aspirants équivalent aux personnes qui s’inscrivent à un MOOC et ne parviennent pas à terminer le cours, 4 % de « diplômés » ne représentent pas un résultat si différent.

Donc voilà : on passe de 7 % de réussite en formation payante et en présence, à 4 % de réussite en formation gratuite tout en ligne non encadrée, en se basant non sur le nombre de ceux qui ont franchi tous les tests de sélection à l’université de Pennsylvanie, mais sur le nombre de ceux qui ont candidaté à cette université et dont l’immense majorité n’a pas été retenue.

Ce qui remet franchement les choses à leur place.

En France, il n’y a pas de sélection à l’entrée des universités, du moins pas en premier cycle (niveau de référence, puisque les MOOCs dans leur grande majorité sont des cours d’introduction). Sur quelle base va t-on évaluer la qualité du taux de rétention des inscrits ? Plus d’un étudiant inscrit en première année de fac sur deux abandonne avant d’avoir obtenu un diplôme. C’est peu, mais c’est quand même beaucoup plus que les 5 ou 10 % d’inscrits qui vont au bout d’un MOOC. Imaginons qu’il y ait un delta de 30 points entre le pourcentage moyen d’étudiants persistant en première année de fac et celui des inscrits qui parviendront au bout des MOOCs universitaires en français – ceux qui arrivent dans quelques jours sur la plateforme FUN. Ces 30 points, ce sont sans doute ceux de l’encadrement, de la sociabilité et du projet d’études (matérialisé par le fait de se présenter aux examens avec l’objectif d’obtenir ses UCTS). Les concepteurs de cours peuvent agir sur les deux premiers facteurs pour augmenter leur pourcentage de finissants…

Alors, au travail.

Référence :
tecnoxplora.com. « Tecnología: La universidad a través de internet, ¿crónica de una muerte anunciada? – TECNOXPLORA A3TV. » 24 décembre 2013. http://www.tecnoxplora.com/redes-sociales/universidad-traves-internet-cronica-muerte-anunciada_2013122300111.html.

photo : Frédéric Renaud via photopin cc

A propos Christine Vaufrey

Directrice de MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/. Je veille, surveille et expérimente toutes les formes d'apprentissage en ligne.
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8 commentaires pour MOOCs : augmenter le pourcentage de finissants, mission possible !

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  3. Fred - FLQ dit :

    Bonjour Christine !

    Merci pour ce point de vue qui remet certaines pendules à l’heure. J’avoue avoir notamment savouré le « on se prépare à se mettre au boulot, enfin, pour créer de bons cours dont le succès espéré tiendra moins au marketing qu’à leurs qualités intrinsèques.« .

    En relation avec ce thème, j’ai été assez troublé, pour ne pas dire choqué, par l’association faite par Antoine Compagnon entre « non efficacité d’une formation » et « taux de certification » lorsqu’il a répondu à ta question sur France Inter. Il me semble qu’une formation – et encore plus une formation ouverte – peut être très efficace sans pour autant avoir un haut taux de certification, voire même sans certification du tout. Le contraire pouvant également être vrai (important taux de certification dû à un très fort besoin du diplôme de la part des apprenants mais formation médiocre). Qu’en penses-tu ?

    Frédéric (d’ITyPA 2)😀

    • Christine Vaufrey dit :

      Bonjour Frédéric !
      A. Compagnon se place fort probablement dans la perspective académique, qui associe systématiquement « qualité d’une formation » et « haut niveau de certification ». C’est une convention, comme tu le laisses entendre dans la suite de ton commentaire : certaines formations sont diplômantes mais pas nécessairement de qualité, et d’autres formations de qualité ne sont pas diplômantes… Je le répète, ce n’est qu’une convention, mais elle est constitutive de l’homologation des cursus dans l’enseignement supérieur et soumise à des critères établis par le Ministère.
      Avec les MOOCs mais bien d’autres choses aussi et depuis longtemps (dispositifs de formation entre pairs, formation informelle, université populaire,etc.), cette convention commence à être vue pour ce qu’elle est, et dissociée de la dimension qualitative / formative proprement dite des cursus. A. Compagnon lui-même participe à ce mouvement en enseignant au Collège de France : cette institution fut pionnière en la matière, dans la mesure où ses cours sont ouverts à tous, et ce n’est pas parce que les auditeurs n’ont pas à passer d’examen à la fin d’un cours qu’ils n’y apprennent rien… Surtout s’ils assistent aux cours d’A.Compagnon, qui sont magnifiques et captivants🙂 Mais dans ce cas, c’est l’apprenant lui-même qui a le contrôle sur ses apprentissages effectifs, bien plus que celui qui diffuse le contenu…

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